Historique - page 6

Malonne avait et revendique toujours l'honneur de fermer la procession à Fosses et de tirer la dernière salve de la journée.!

Pourquoi de tels privilèges ? Deux, voire trois explications sont possibles sans pour autant que nous puissions dater ces prérogatives.

  • L'explication légendaire : quelques jours avant la saint Feuillen, des pluies abondantes s'abattent sur Fosses et la région.les marcheurs de Malonne auraient permis aux porteurs de la châsse de st Feuillen de passer un bourbier à pieds secs en mettant leurs vestes par terre comme un tapis.

    "...Le chemin qu'emprunte le cortège extra muros est détrempé et fangeux, et les claies que l'on place d'habitude aux endroits marécageux baignent dans une boue liquide, maculant les marcheurs de la tête aux pieds. Un des officiers de Malonne commande la halte de la compagnie et s'exclame : " Serait-il convenable que les Saintes Reliques et le Saint Sa-crement soient obligés de passer dans une telle fange ? " La réponse fuse : " Non ! " Et comme un seul homme, les Zouaves enlèvent leur veste et l'étalent sur le cloaque en un large tapis digne du passage du cortège religieux."
    Dans le "messager de Fosses" du 7.10.1900, n°40", l'explication est un peu différente. Ici, c'est le porte-drapeau malonnois qui aurait placé son étendard pour permettre aux évê-ques portant, ou accompagnant le Saint Sacrement, de passer à pied sec.
    Il est aussi à préciser que ce fait se serait produit vers l'an 1600. Troublante coïncidence, le 10 août 1603, c'est l'abbé de Malonne qui officie à la Saint Feuillen. Les Zouaves n'existaient alors pas encore, mais une escorte armée accompagnait l'abbé.

  • L'explication " police " : l'abbé de Malonne avait l'habitude de se faire escorter par sa milice malonnoise pour assurer sa protection et de ce fait les marcheurs de Malonne se retrouvaient toujours autour des reliques en fin de procession, ce qui devint une coutume.

Si les Malonnois sont bien intransigeants à Fosses, c'est sur cette tradition de la " dernière salve " .

Ainsi, le 26 septembre 1896, après avoir comme d'habitude effectué une dernière décharge, la compagnie, fatiguée, regagne péniblement Malonne. Arrivés à Sart-Saint-Laurent, à cinq kilomètres environ de Fosses, les malonnois entendent soudain le bruit d'un feu de peloton éclatant dans le lointain. Stupéfaite, blessée par tant d'insolence à l'égard du vieux privilège, les hommes exténués, les chevaux fourbus, les cantinières dormant debout, dé-cident de faire demi-tour ! Tambour battant, clairon sonnant, en bon ordre, tête haute et fusil à l'épaule, la compagnie de Malonne entre dans la ville et défile impeccablement sous les ovations chaleureuses. Dans un fracas épouvantable (il paraît que la charge était doublée), ils exécutent la dernière salve, clouant le bec aux impertinents. Devant tant de courage, l'abbé Constant Cartiaux, alerté par le bruit et le remue-ménage, vient féliciter les "opiniâtres soldats" et leur offre maintes et maintes rasades jusqu'au petit matin.

En 1900 et 1907, deux compagnies de Malonne étaient présentes à Fosses : la compagnie traditionnelle des Zouaves (dans son habit du 2ème régiment bleu et rouge) avec son groupe de sapeurs et précédée du drapeau de la Jeunesse à l'effigie de saint Berthuin et la compagnie des Zouaves du Piroy dans son costume bleu ciel et suivant le drapeau de sainte Philomène.

À la Saint Feuillen de 1949, la compagnie malonnoise est absente du cortège processionnel, de sorte que, vu cette carence, l'antique coutume ne peut être respectée. Que nenni ! Un vétéran de Malonne marche avec la compagnie de Sart-Saint-Laurent. Lorsque l'ultime décharge résonne, tirée par les " Ûlaus ", le bourgmestre de Fosses et les officiers de l'état-major de la marche voient avec grand étonnement un soldat s'approcher d'eux. Louis Dumont s'exclame : " Je suis de Malonne et je revendique l'honneur de tirer le tout dernier coup de feu ! "
Il s'exécute immédiatement et, entouré d'officiers, il se présente sur le parvis de la collé-giale et, face au portail, présente son arme. Après avoir chargé avec une dignité presque religieuse, il se met au garde-à-vous, épaule son fusil et presse la détente… L'honneur est sauf.

Ce même vétéran, accompagné de quelques dévoués, se présente en 1956. trop peu nombreux que pour former une troupe, ils trouvent place dans la compagnie de Sart-Saint-Laurent. De ce groupe, seuls actuellement quatre sont connus : Louis Dumont, Georges Dufaux, Alphonse Lefèvre et Ernest Filée (de Buzet). Vers onze heures et demie du soir, Ernest Filée et Alphonse Lefèvre, représentant Malonne, entendent une décharge en direction de la place du Chapitre. Le bonne humeur de nos gaillards baisse brusquement. Et la tradition rappelée en 1949 ! Qu'en fait-on ?!
L'esprit mécontent et revanchard, nos deux Zouaves recherchent directement l'état-major de la marche, afin que celui-ci intervienne officiellement dans la manifestation de réparation qu'ils veulent absolument exécuter. Hélas, l'heure tardive…
Déçus et malheureux, ils errent dans la ville quand soudain, ils rencontrent Constantin Burton, lieutenant des tromblons de fosses. Après avoir expliqué les faits, ils partent tous les trois vers la collégiale.
Arrivés sur le porche, Louis Dumont les attendait (mais oui !), et juste quelques minutes avant minuit, la dernière salve ébranle la sérénité de la nuit. Quand l'horloge du carillon a égrené ses douze coups… l'honneur de Malonne etait intact pour la troisième fois ! .